Monsieur l’abbé Louis Mullier

On dit de « MONSIEUR » l’abbé Louis Mullier qu’il fut la plus grande âme du Tour des Sept Croix. Pendant plus de trente années, il fut le souffle nécessaire et inspirant de cette antique procession.

Dans l’article qui suit, nous n’avons pas la prétention d’écrire une histoire à son sujet, mais de vous le présenter chronologiquement sur le calendrier du temps en toute simplicité.

Basé sur des sources authentiques et historiques, nous vous présentons une infime partie de son parcours de sa vie profane et ministérielle.

Alors, n’attendons plus pour découvrir cet homme d’exception.

Bonne lecture à chacun et chacune.

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LE TOUR DES VII CROIX… UNE HISTOIRE DE FAMILLE

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Depuis son arrivée à Mouscron en 1873, M. le curé Édouard-Joseph Lietaer caressait le projet de rétablir la procession en l’honneur de Notre-Dame des VII Douleurs. Son désir se réalisa le 19 juillet 1874 et non le 11 juillet comme l’indique l’historien Coulon. Sa Grandeur Mgr. Jean-Joseph Faict, évêque de Bruges, rehaussa la cérémonie de sa présence. Faveur assez rare à cette époque !

Pour la circonstance, cinq des sept croix avaient été plantées provisoirement, le temps ayant manqué pour achever le travail.

La chapelle du Christ, qui faisait partie de l’ancien « Tour des VII Croix », existait toujours et la « Croix Danel » venait d’être restaurée par ses donateurs.

On raconte que, pour faire conduire les cinq croix à leur emplacement passé ou encore actuel, le curé de Mouscron avait demandé aux frères François et Agathon Danel, fermiers et boulangers à la ferme Braye, située rue de Menin, en face du cimetière, de prêter leur tombereau. Ceux-ci chargèrent Émile Mullier, leur apprenti boulanger, de cette tâche, car le curé avait dit : « C’est un jeune qui doit conduire les croix, pour qu’il s’en souvienne longtemps ». Arrivé au « Blanc Pignon », on planta la croix et puis on fit une halte. Le curé, pour récompenser son monde, paya une chope à ceux qui l’accompagnaient et qui avaient accepté d’exécuter cette pieuse besogne.

Quelque temps après la procession du 19 juillet 1874, chacune des cinq croix fut mise dans un socle de pierre sur lequel fut gravé le numéro de la station et la douleur qu’elle rappelait.

Émile Mullier, qui connut le privilège de conduire les croix, n’était autre que le père de M. l’abbé Louis Mullier, curé au Tuquet. M. Émile Mullier était né à Mouscron le 22 mai 1857. De son union avec Augustine Marissal naquirent 5 enfants, dont un prêtre et une religieuse. Il décéda le 3 octobre 1932.

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« Les Sept Croix », hier – aujourd’hui

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LOUIS – SILVAIN MULLIER

Archive de la famille Dal-Lepers :
« Monsieur l’abbé Louis Mullier »

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Né à Mouscron le 17 août 1897, il est le fils de M. Émile Mullier, boulanger, et de dame Augustine Marissal, qui habitaient rue du Dragon.

Il fit ses études au Collège St-joseph à Mouscron. Il était élève de 3e latine en 1913.

Il fut nommé professeur au Collège d’Ostende en mars 1922.

Il reçut l’ordination sacerdotale à Bruges le 10 juin 1922.

Ensuite il fut nommé vicaire à Warneton en septembre 1927 et puis en juillet 1933 en la Paroisse de la Sainte Famille à Mouscron dans le quartier du Tuquet. C’est en cette même Paroisse qu’il y fonda la célèbre troupe dramatique « Les Compagnons de la Sainte Famille » qu’il dirigea avec maîtrise.

À Mouscron lors du Tour des VII Croix, le 15 septembre 1940, une foule évaluée à environ six mille personnes fit le « Tour » pour demander au ciel de faire cesser le fléau de la guerre. M. l’abbé Mullier prononça, à la « Croix Danel », un sermon qui resta longtemps mémorable.

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Le Tour des Sept Croix de la Victoire 1945.
À l’issue du pèlerinage M. le Vicaire Louis Mullier prononce une émouvante allocution.

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Durant le Second Conflit Mondial, il eut une très belle attitude patriotique.

À la suite d’un sermon prononcé à Estaimpuis dans lequel il faisait allusion à la condition des prisonniers dans les camps, il fut arrêté le 31 mai 1943. L’occupant le condamna à dix mois de travaux forcés et l’envoya en Allemagne, en la prison « pénitentiaire » de Wolfenbüttel en Hanovre dans la Basse-Saxe.

Note :

Durant la Seconde Guerre mondiale, la prison de Wolfenbüttel reçoit des résistants belges (tel que Raoul Rothé) et français. C’est un lieu d’exécution de condamnés à mort, détenus allemands de droit commun coupables de peccadilles, résistants français et belges qui sont guillotinés, tels que Louis Toussaint et Louis Renard ainsi que tous les autres membres du réseau Renard, Marguerite Bervoets, Louis Cartan et Théodore Lefebvre. La ville comprend également un camp de travail forcé dont les détenus (minorités ethniques, suspects raflés dans les pays occupés, prisonniers de guerre soviétiques) sont traités en dépit des droits humains. Ainsi, les évadés seront exécutés s’ils sont repris. – Source Wikipédia

Le 29 janvier 1943, il rentra des travaux forcé et trouva le gîte chez l’une de ses sœurs à Bruxelles.

Les trois victimes (Source paroisse de Mouscron)

Le 15 février 1945 de très bonne heure, en compagnie deux compagnons, M. l’Abbé Louis Mullier se rend à Bourg’ Léopold pour y retrouver les dépouilles d’Emmanuel de Neckere (son grand ami), Marcel Demeulemester et Guillaume Vanzeveren, tous trois victimes de guerre des bourreaux nazis. Sur place, pieusement, respectueusement, les corps furent déterrés, et on mit dans de nouveaux cercueils les restes des corps. M. M. l’abbé Louis Mullier déposa sur la poitrine des victimes une petite croix et bénit les restes. Ensuite, tous les trois, les ont ramenés à Mouscron dans la nuit par un brouillard épais.

Au début de l’après-guerre, il prêcha de nombreuses retraites, comme celle qu’il dispensa spirituellement du 27 au 30 mai 1947 aux élèves du Pensionnat du Sacré-cœur des Sœurs de la charité à Mouscron.

Source Famille Dal-Lepers

Source Famille Dal-Lepers

Il est nommé Curé à Herseaux Christ-Roi (Gare) le 31 janvier 1947.

Son installation s’est déroulée le dimanche 9 mars 1947. Il eut comme témoin M. Tack, curé du Tuquet, et M. Joseph Morel, curé de Dottignies.

Pendant son séjour au Christ-Roi, il construisit une salle paroissial. Il fit placer à l’église les vitraux de St Christophe et de la Vierge et les orgues, mais il ne put achever ce travail.

Prédicateur remarquable, ses sermons prononcées lors du traditionnel tour des VII croix sont restés mémorables. Et l’on se souvient encore de ses élans oratoires qui produisirent de grande émotions et firent ruisseler les larmes aussi bien chez l’orateur que l’auditeur, comme celui du dimanche 18 septembre 1949 ou une affluence nombreuse assista au « Tour des sept Croix », le sixième après la libération. Du perron de l’hôtel de ville, M. l’abbé Mullier s’adressa à la foule. L’orateur souhaita qu’en 1950 la ville fût consacrée à la Vierge par son bourgmestre et que le chef du diocèse fût présent à cette cérémonie et celui du Dimanche 16 septembre 1951 à 15 heures, lors du pèlerinage annuel du Tour des VII Croix, où quatre mille personnes assistèrent au sermon de M. l’abbé L. Mullier qui les remercia du haut de la chaire de Saint-Barthélemy, car aucune cérémonie n’avait pu avoir lieu cette année-là sur la Grand’Place, du fait qu’un immense cirque y était installé.

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Dimanche 18 septembre 1949 ou une affluence nombreuse assista au « Tour des sept Croix », le sixième après la libération. Du perron de l’hôtel de ville, M. l’abbé Mullier s’adressa à la foule. (Sources Charles-Clovis Selosse)

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Oeuvre de Marcel Marlier représentant le Chanoine Joseph Cardijn (Source Famille Demets-Dal)

En 1957, apprécié des fidèles de la Paroisse d’Herseaux-Gare, à l’occasion du 10ème anniversaire de la J.O.C., des jeunes de la J.O.C. : André et Marcel (?) et Louis Brou, lui offrent une toile peinte représentant son grand ami le Chanoine Joseph Cardijn fondateur de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, et peinte par l’artiste local Marcel Marlier.

Note :

Marcel Marlier naît le 18 novembre 1930 à Herseaux, commune de la Picardie belge, à proximité de la frontière française. Dès dix-huit ans, encore brillant étudiant dans la section des Arts décoratifs de Tournai, il travaille pour un important éditeur de manuels scolaires. C’est à vingt et un ans qu’il débute chez Casterman, en illustrant des romans d’Alexandre Dumas et de Pearl Buck. Deux ans plus tard, il devient un des piliers de la collection d’albums Farandole. Il donne vie aux récits animaliers de Jeanne Cappe et Lucienne Erville, notamment. De 1953 à 1970, il est professeur de dessin et de photographie à l’École supérieure des Arts de Saint-Luc, à Tournai. En 1954 débute sa collaboration avec Gilbert Delahaye pour les aventures de Martine, sa série phare qu’il enrichira jusqu’à sa mort et comptera soixante titres. En 1969, toujours chez Casterman, il crée la série Jean-Lou et Sophie : douze titres au total, dont il est à la fois l’auteur et l’illustrateur. En 2010, la presse unanime lui rend hommage à l’occasion de ses quatre-vingts ans. Un dessin animé mettant en scène l’univers de Martine et produit par Les Armateurs est en cours de réalisation.

Le 29 septembre 2015, une annexe rénovée du Château des Comtes de Mouscron, dédiée à l’illustrateur, est inaugurée, elle porte le nom de Centre Marcel Marlier, dessine-moi Martine. Ce bâtiment regroupe sur deux niveaux, des croquis, livres, documents, des vidéos d’animation et des objets relatifs à l’univers de Marcel Marlier et de son héroïne, Martine. – Source Wikipédia

Nommé Curé de la paroisse de la Sainte Famille au Tuquet en juillet 1958. Il y fut installé le 31 août 1958 jusqu’à son décès.

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Monsieur le Curé Louis Mullier préside un mariage le 21 octobre 1961 en l’église de la Sainte-Famille – Tuquet (Source Famille Dal-Lepers)

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L’abbé Mullier, poète et écrivain, est l’auteur de la Vie de « M. le Vicaire de Neckere ».

Il fut encore l’instigateur de la construction de nombreuses chapelles érigées à la Vierge en reconnaissance de la protection accordée à la ville de Mouscron pendant la guerre 1940-1945.

Il est décédé le samedi 4 janvier 1969 à 2 h. du matin.

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Article du journal le Nord Éclair parut au lendemain de son décès (Sources Famille Dal-Lepers)

Le signet souvenir des obsèques de Monsieur le Curé Louis Mullier (Source Famille Dal-Lepers)

Le signet souvenir des obsèques de Monsieur le Curé Louis Mullier (Source Famille Dal-Lepers)

 

Références littéraires qui ont inspirés cet article :

« Monsieur le vicaire de Neckere » par M. L’abbé Louis Mullier, éditions Beyaert Bruges, 1946

« Les prêtres de Mouscron » par M. Charles-Clovis Selosse, Imprimerie Selosse Mouscron, 1971

« Les chapelles de Mouscron, Histoires, Légendes & Folklore » par M. Charles-Clovis Selosse, Imprimerie Selosse Mouscron, 1972

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wolfenb%C3%BCttel

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Marlier