Un converti norvégien : KARL-HALFDAN SCHILLING – Oslo 1835 – Mouscron 1907, 15ème partie

KARL-HALFDAN SCHILLING, le saint de Mouscron

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Le Père Schilling à l’heure du Concile

Pour ne pas interrompre la suite chronologique des faits, nous nous sommes réservé de traiter en dernier lieu de l’aspect « œcuménique » de la grande figure du Père Schilling.

Le Père Schilling aimait d’un amour ardent sa patrie, la Norvège. Ses yeux devenaient humides quand il en parlait ou l’entendait nommer. Mais il aimait aussi son pays en catholique, et avec un cœur de missionnaire. Il souffrait intimement de la situation religieuse de la Scandinavie, entraînée par suite de circonstances politiques, dans l’hérésie et le schisme. S’il dut renoncer pour lui-même à répandre la foi catholique dans son pays natal, il s’intéressa intensément à l’œuvre missionnaire entreprise en Norvège et en Suède par ses confrères, et spécialement par son compatriote, le Père Stub. Un des principaux buts qu’il assigna à sa vie de prière et de pénitence fut le succès de cette mission.

Le Père Schilling travailla d’une manière directe à convertir sa famille. Son père resta respectueusement inflexible, mais sa nièce fut touchée par son exemple et reçut de son oncle les premières instructions qui devaient l’amener à la foi catholique.

La conversion même du Père Schilling eut du retentissement en Norvège et influa sur le retour à l’Église catholique de personnalités protestantes, hautement considérées dans le pays. On peut citer l’exemple de M. Krogh-Tonning, professeur de théologie à l’Université de Christiania, et celui de M. Soerensen, directeur d’une école secondaire dans la même ville. Ce dernier fit même, en octobre 1895, un voyage en Belgique « uniquement dans le but de voir le R.P. Schilling, religieux au couvent de Mouscron ». Ce sont les propres termes de M. Soerensen, qui ajoute : « Le barnabite norvégien était alors déjà d’un âge avancé ; ses cheveux blancs l’indiquaient assez. Je fus charmé de sa douceur et de son affabilité. Sa longue absence du pays natal lui rendait difficile l’usage de sa langue maternelle. Il lui arrivait de commencer une phrase en norvégien et de la finir en français ; mais son accent norvégien était fort distingué, ce qui me fit comprendre qu’il sortait d’une excellente famille. Sa piété me frappa, bien qu’il n’en fît rien paraître à l’extérieur. » Rentré en Norvège, après de nombreux entretiens sur la question religieuse, M. Soerensen resta en correspondance avec son saint compatriote, pour lui demander lumière et conseil. Au début de 1900, il se convertit et fit part de l’heureuse nouvelle au Père Schilling.

Il nous plaît de rappeler ici le pèlerinage que fit au tombeau du Père Schilling, en septembre 1931, Mgr Olaf Offerdahl, vicaire apostolique de Norvège, le premier Norvégien à être revêtu de cette charge. Il séjourna pendant trois jours au couvent de Mouscron. Ceux qui étaient novices à cette époque se souviennent encore de la conférence où Mgr Offerdahl raconta comment il avait été converti par le Père Stub à l’âge de 25 ans, alors qu’il était instituteur de village.

Le Père Schilling entreprit également de créer un mouvement de prières pour la conversion des pays scandinaves. Dans ce but, il composa une formule de prière, que le pape Léon XIII approuva et enrichit de 300 jours d’indulgences. Le texte du Père Schilling fut adopté par l’Association de Prières pour le retour des Scandinaves au catholicisme, établie en 1910 dans l’Abbaye bénédictine de Clervaux (Grand-Duché de Luxembourg).

Il ne fait aucun doute que l’heureuse issue de la Cause du Père Schilling serait d’une immense portée pour le catholicisme en Scandinavie. L’humble religieux y est connu et admiré, même dans les milieux protestants. Ces dernières années, des journaux influents, comme le « Morgenbladet » et le « Dagenbladet », lui ont consacré des articles élogieux. Le « Dagenbladet » émettait le vœu que l’Église catholique pût compter bientôt le Père Schilling au nombre des saints.

Ce vœu doit être plus cher encore aux catholiques de ce siècle, qui verra se dérouler le IIe Concile du Vatican. Nous devons partager la nostalgie de l’unité perdue qui honore les chrétientés de notre temps, et promouvoir, par la prière et l’action, tout ce qui peut contribuer à refaire cette unité.

Si un jour l’Église, comme nous l’espérons et le demandons à Dieu, glorifie sur les autels le Serviteur de Dieu, Charles-Marie Schilling, « le diocèse de Tournai trouvera en lui un nouveau protecteur, la ville de Mouscron un ange tutélaire, la Norvège un patron digne de continuer la glorieuse lignée de ses saints nationaux, dont le roi saint Olaf est le chef de file ».

Romae, 13 Martii a. 1962

Nihil obstat

Nicolaus Ferraro , S. R. C. Adsessor

Fidei Sub-Promotor Generalis,

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L’actuelle chapelle du Père Schilling

L’actuelle chapelle du Père Schilling