La vie à Dapaong
La vie à Dapaong
Bonjour à toutes et à tous,
Nous sommes déjà dans le temps du carême, chemin vers Pâques! J’ai une pensée et une prière toute particulière pour les jeunes et adultes catéchumènes : c’est la dernière étape avant de recevoir les sacrements pour devenir chrétiens ! Merci à eux pour leur témoignage et leur recherche de Dieu dans leur vie !
Ce chemin vers Pâques est un temps pour approfondir notre relation avec Dieu et avec les autres. C’est pour cela aussi que je vais vous partager ce que la rencontre avec le peuple togolais a provoqué en moi et a transformé mes relations avec Dieu et avec les autres.
Bon chemin vers Pâques à tous !
Ce que la vie à Dapaong -sous le regard de Dieu- m’a apprise…
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Après quelques mois à Dapaong, je voudrais partager avec vous en 3 points :
1. Le choc des cultures
- La langue maternelle
- Le cadeau de la vie
- Le choc des cultures :
Quand, dans notre chair, nous nous retrouvons dans un lieu où nous perdons tous nos repères…où les relations entre les hommes, entre homme et femme, entre adulte et enfant, entre citoyens et responsables du pays ne sont pas les mêmes que chez soi ; ce lieu où la culture et les coutumes des anciens comme les « règles » entre ethnies, le rôle du chef du village, la loi de la « sorcellerie » (comme désigner un coupable d’une situation négative : si tu es désigné ; tu seras coupable toute ta vie même si on peut démontrer que tu es innocent) sont encore bien vivants, etc.. : voilà le choc culturel que j’ai vécu (et que je vis toujours) en arrivant ici au Togo !
Et même la langue, le français que -pratiquement tous parlent- ne t’aide pas beaucoup car ce « n’est pas le même français » que nous parlons. Et, souvent, ils ne nous comprennent pas « à cause de notre accent ».
Il est vrai : je me suis retrouvée un peu perdue…Heureusement, les personnes ici sont très accueillantes.
Ce n’est pas une situation facile. Pourtant, moi, je n’ai pas de problème économique comme eux l’ont ! Et, je comprends un peu mieux les prêtres et autres personnes originaires de ces pays venant vivre chez nous pour leur mission.
Cette culture est aussi traduite dans la vie de foi, dans les relations au sein de l’Église et dans les mots utilisés pour exprimer sa foi.
Ce qui exprime beaucoup d’amour ici peut choquer les personnes chez nous. Par exemple : le thème pastoral de l’année est « Je suis responsable du salut de tous » -ou- en parlant de celles et ceux qui ne viennent plus à la messe, on dit « ceux qui ont pris un mauvais chemin, un chemin erroné ». Il nous est difficile d’entendre cela. Cependant, pour eux, il y a une préoccupation réelle à la fois de « pourquoi, après avoir reçu un sacrement pour devenir chrétien, ils quittent l’Église ? » et, aussi, un désir de réveiller un peu les paroissiens qui ne se préoccupent pas de leurs frères et sœurs (« Comment va-t-il/elle ? », aller leur rendre visite, les écouter…)
Cette réalité du choc culturel, nous invite à écouter, à regarder, à poser des questions et, surtout, à oser remettre presque tout en question sur notre compréhension des choses. Cela demande beaucoup de temps. J’ai de la chance d’être avec 2 sœurs qui sont ici depuis des années. Elles m’aident beaucoup.
La foi, notre relation avec Dieu, nous la vivons avec tout notre être, avec tout ce que nous sommes. Dans cette relation, c’est d’abord la culture qui marque en premier notre relation avec Dieu. Et il faut du temps, beaucoup de temps, pour que ce soit Dieu qui imprègne et transforme une culture et ses relations avec les hommes et entre les personnes. Le diocèse de Dapaong existe depuis 1965 ! Il a mon âge ! C’est peu !
Et ce processus, s’il est vrai entre Dieu et une culture, il l’est aussi entre Dieu et chacun/e d’entre nous. Je me pose cette question : Jusqu’à quel point je laisse Dieu transformer ma manière de voir, de penser, de vivre mes relations ? Est-ce que la manière de vivre de Jésus (ses relations, ses ressentis, ses préoccupations, son regard, son amour, sa manière de « gérer des conflits », etc.) m’a transformée ?
Mais, aussi, comme je l’ai déjà signalé dans un précédent récit, la sagesse africaine nous ouvre de nouvelles portes pour entrer et comprendre l’Évangile (livre : La sagesse africaine. Porte de l’Évangile. Père Léon Marcel. Ed. Saint-Augustin Afrique. 2015).
- La langue maternelle
La langue maternelle est notre langue qui vient de « nos entrailles », du plus profond de notre être. Cette langue nous connait. Elle sait ce que nous avons vécu, comment nous respirons la vie, les événements, les rencontres…. Elle sait ce qui nous est cher, ce qui est capable de nous relever, de nous donner de l’espérance, de la force pour traverser des moments difficiles…
Ça, c’est notre langue maternelle ! Celle qui est avec nous depuis toujours et qui peut nous raconter !
Ici, au Togo, il y a plus de 50 langues différentes pour moins de 10 millions d’habitants ! À Dapaong, on parle le Moba ; à Lomé (la capitale), le Éwe. Le pays a gardé le français comme langue nationale pour garder une certaine unité (sans favoriser une ethnie) et pour une question de relations internationales et économique.
Les enfants apprennent le français en entrant à l’école. Avant cela, ils ne parlent que leur langue.
Le français est donc pour eux une langue étrangère ! Ils étudient dans une langue étrangère. De plus, le français est la langue des anciens colonisateurs.
À Dapaong, dans l’Église, il y a des célébrations en Moba et en français. La Bible a été traduite en Moba. Lors de grands événements (comme lors du pèlerinage diocésain – voir photos), il y a toujours les 2 langues car il y a toujours des personnes « non-Moba » qui sont présentes dans l’assemblée.
Dans la communauté, nous parlons en français. Oui, il y a quelques missionnaires qui apprennent la langue du lieu mais, il est impossible de parler tous les dialectes présents. Car, dans tout groupe de personnes, il y a toujours différentes ethnies et donc, différentes langues.
Dès lors, nous pouvons comprendre combien il est difficile -si ce n’est impossible- de toucher avec nos mots le plus profond des personnes. Nous découvrons combien que c’est à travers la vie qu’on comprend la Parole de Dieu. Et, même si j’en étais déjà convaincue, c’est la prédication dans laquelle la Parole de Dieu est unie à la vie qui parle, que l’on comprend, qui nous rejoint au-delà des mots.
- Le cadeau de la vie
Le 31 décembre 2025, nous étions à la messe d’action de grâce pour toute l’année écoulée.
Il y a un remerciement qui m’a bouleversé et qui a été redit beaucoup de fois :
MERCI SEIGNEUR POUR ÊTRE EN VIE À LA FIN DE L’ANNÉE !
Et il est vrai que les conditions climatiques sont très rudes (le vent de sable venant du Sahara, pas une goutte d’eau n’est tombée depuis que je suis ici à Dapaong); les soins de santé minimalistes (et même s’il y a toute la technologie dans certains centres hospitaliers, on va chez le médecin quand on est en danger de mort et si on a l’argent). Et, depuis que je suis ici, il y a eu déjà beaucoup de décès dus à la maladie (on meurt plus d’hépatite que du paludisme/malaria) ou à un accident de route ! Plusieurs m’ont dit : « il y a ici très peu de personnes qui vivent jusqu’à 60 ans ».
J’ai pris conscience que si j’avais dû grandir ici, je ne serais certainement plus en vie aujourd’hui !
LA VIE EST UN CADEAU, UN MERVEILLEUX CADEAU DE DIEU !
Ici la vie et la mort se côtoient, vivent ensemble.
Voici ce que j’ai écrit un jour :
Toute journée que Dieu nous donne est une grâce !
Si j’étais restée en Afrique durant mon enfance,
vivant dans leurs conditions : je ne serais certainement plus ici !
Ici, on a l’impression que le ciel vient se mélanger à la terre !
C’est la dure réalité de la vie quotidienne !
Mais, ici, on lève la tête vers le ciel et,
le ciel vient nous toucher, nous caresser la joue.
C’est le plus beau cadeau que Dieu a fait à l’homme d’ici :
avoir les pieds qui foulent la terre
et la tête est dans le ciel ainsi Dieu peut caresser leur vie.
Chez nous, l’homme incline la tête vers la terre.
Cette terre qui -selon lui- lui donne tout ;
ou plutôt, de qui, il attend tout (santé, richesse, futur, plaisirs, etc.)
Mais, parfois, il se baisse si fort qu’il ne voit plus le ciel !
et Dieu alors ne peut plus caresser son visage.
Pourtant, Dieu voudrait tant lui montrer toute sa tendresse ! son amour !
et lui montrer combien le monde est beau !
que tout est un don gratuit !
qu’il y a des frères et des sœurs avec qui il peut partager le cadeau de la vie !
Mais, on dirait qu’il n’est plus capable ou qu’il a oublié de lever la tête pour toucher le ciel…
SEIGNEUR, FAIS-NOUS REDÉCOUVRIR LE BEAU CADEAU DE LA VIE !
ET QUE NOUS LEVIONS LES YEUX VERS LE CIEL !







